LES VOISINeS


De Arianna Bardesono

LesVoisinesok.jpg
 

Dans un désir de comprendre…

Les voisines, création d’Arianna Bardesono, propose un parcours audio dans les quartiers du Mile End et d’Outremont, à l’écoute d’une femme qui tente de percer le mur invisible entre elle et la communauté hassidique. Né d’un profond désir de comprendre, Les voisines cherche à établir une connexion en explorant les rapports des humains entre eux, aux lieux et à la culture.

Équipe de création

Arianna Bardesono
Création

Shauna Janssen
Dramaturgie

Pierre-Luc Brunet
Dramaturgie


De Création ARIANNA BARDESONO

November 23, 2017.

La salle d’attente de mon pédiatre est une pièce jaune rectangulaire.
Les chaises dessinent un L le long de deux murs.

J’occupe une chaise, une autre mère est assise un peu plus loin.
Je souris au petit garçon en sa compagnie.
Son regard furtif m’effleure, personne lointaine.

Les yeux et les mains de mon fils Marlowe sont fixés
Sur un jeu de billes glissant sur des fils tourbillonnants

Les billes de couleurs vives virevoltent en tous sens.
Ils ont le même âge, je pense.

Le petit garçon rejoint mon fils. Deux ingénieurs fascinés par une nouvelle machine.

Le mouvement des billes colorées s’accélère.

Les mains agrippent la même bille jaune : un
moment de confrontation se transforme rapidement en un jeu.

Je souris et je cherche le regard de la mère du garçonnet,
une jeune juive orthodoxe.

Les mots, comme des billes colorées, montent le long de ma gorge
puis soudain bloquent; un malaise freine leur élan.

Je fige.
Je la fuis du regard.
Je regarde dans le vide.

Nous sommes, elle et moi, deux icebergs à la dérive.
Soudain, la voix de Poppy, la réceptionniste, brise la glace.

Je prends Marlowe et me réfugie dans la chaleur du bureau du médecin.

C’est ce jour-là, dans une salle d’attente d’un médecin sur l’avenue du Parc, que s’amorce à mon insu ce projet.

Que s’est-il passé, alors?

Lorsque mon regard a cherché le sien, désireuse de voir et d’être vue, il a frappé contre un mur invisible qui s’élevait entre nous, une jeune femme hassidique et une goy (une séculière).

Jusque-là, croiser dans la rue une hassidique était un événement banal. Notre rencontre dans l’anonymat de la rue était simple :

Elle m’ignorait et je poursuivais mon chemin, invisible.

Mais ce jour-là, la proximité, l’instinct humain et la maternité nous mettaient sans équivoque en relation,

La protection de l’anonymat s’était évaporée.

La proximité de nos enfants accentuait la distance entre nous, dévoilait le mur élevé entre nous. Seulement ce jour-là, j’ai pris conscience que j’étais responsable des briques que je posais de mon côté de ce mur.

D’être vue par elle aiguisait ma conscience de moi. Je n’ai pas supporté d’être ainsi exposée, alors j’ai élevé mon mur : mon apparente indifférence constituait mes briques, ma confusion intime, le plâtre.

Les voisines est né du désir d’abattre mon côté du mur. C’est devenu un parcours inachevé, à ce jour…

Un trajet en terre inconnue.

Une terre qui, en apparence irrémédiablement différente, existe à quelques pâtés de maisons dans le voisinage.

Pendant ma route, j’ai croisé ma propre nostalgie du passé. J’ai découvert les traces laissées par d’autres immigrants qui, comme moi, étaient venus en ce pays à la recherche d’un foyer. Ralentissant le pas pour flâner au hasard, j’ai perdu mes repères pour mieux découvrir les histoires inscrites dans les fibres de la ville. L’habituel et le familier laissèrent la place à l’imaginaire. Les frontières connues se sont abolies et une nouvelle géographie de la mémoire et de l’expérience a émergé.

Cette partie de ma ville ne m’était plus étrangère. Surmontant mon ignorance et mes grossières suppositions à propos d’une communauté voisine, j’ai découvert le sens d’une coexistence urbaine en dehors d’un désir d’intégration et d’assimilation. Mes promenades m’ont permis de découvrir plus de tessons de savoir à ajouter à la fenêtre en mosaïque que je construis dans ce mur séculaire.

Un pas avant, deux en arrière.

Bien qu’il n’y ait pas de destination précise, j’emprunte ici les mots d’Henry Miller pour vous souhaiter une inoubliable balade : « la destination du voyageur, de la voyageuse, n’est jamais un lieu, mais un nouveau regard sur les choses. »

– Arianna Bardesono


De Dramaturgie SHAUNA JANSSEN

Notes de terrain :

Sur la dramaturgie de la marche et la narrativité sur la ville

« Par l’acte de la marche, des connexions physiques et conceptuelles entre les gens et les lieux se font et se refont continuellement au fil du temps et à travers l’espace. Des préoccupations publiques, des fantasmes privés, des événements passés et des futurs rêvés sont transportés ici et maintenant dans une relation à la fois séquentielle et simultanée. Marcher, c’est une façon d’à la fois découvrir et créer la ville. »

– Jane Rendell, Imagination is the Root of all Change (L’imagination, la source de tout changement), 2011

Marcher dans la ville est la plupart du temps une question pratique. Il s’agit de se rendre d’un point A à un point B. Au fil des années, j’ai adopté la marche dans des espaces urbains comme une façon de (re)découvrir ma relation à la notion d’espace dans la cité.

Ma passion pour la création artistique et littéraire inspirée par la marche urbaine – une narrativité qui dépasse la présence historique de la scène – a été nourrie par de nombreux artistes de théâtre, sonorisateurs, penseurs, auteurs et théoriciens de la performance, tels Janet Cardiff, Jane Rendell, Rebecca Solnit, Michel de Certeau, entre autres. Selon moi, marcher et raconter (au moyen de parcours audio) sont des gestes dramaturgiques en ce sens que les scènes s’élaborent en évoluant dans les espaces urbains rencontrés dans les lieux publics et privés de la cité- une dramaturgie qui fait appel à la mémoire et aux lieux, explorant l’espace, le temps, en particulier, les histoires urbaines, où la cité devient une collaboratrice essentielle à la création de nos histoires et du sens de l’urbanité.

En tant que dramaturge de l’urbanité, je m’intéresse à la pratique de la dramaturgie au-delà du théâtre et du texte dramatique; dans d’autres installations ou performances, disciplines ou lieux. Autrement dit, comment le rôle du dramaturge et de la dramaturgie peut-il s’étendre à d’autres pratiques sociales, spatiales, architecturales, matérielles, performatives et créatives; une pratique de la dramaturgie mettant en relief les connexions (et peut-être les oppositions) entre les lieux, les corps, les matériaux, les textes, les histoires et les architectures.

 

Le sens du mot neighbour dérive de l’ancien anglais near dweller, « une personne vivant près d’une autre ». Avec Les voisines, Arianna invite les promeneurs à explorer l’histoire sociale et culturelle des quartiers du Mile-End et d’Outremont en marchant dans leurs propres pas; en faisant l’expérience de proximités étonnantes et de franchissements de barrières sociales imaginaires et réelles au sein de la ville. Découvrir ce que signifie être une « résidente proche » en quête d’une rencontre avec la différence, l’altérité et d’un sentiment d’appartenance à la ville. 

– Shauna Janssen

 
Les-Voisines-meme4.png
 

Rain Cancellation Policy

In the event of rain, the walk will be cancelled. While these walks can be completed in a light shower, once visibility is lowered and safety becomes a concern we can no longer offer this experience. The Imago Team will be notifying you by the telephone number you provide on your ticket purchase form to reschedule you for another walk, to the best of our ability. If the weather looks questionable and you want to ask about the status of your walk, please contact the office at 514-274-3222.